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ACP vs UCP : vers une guerre des protocoles agentiques ?

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  • Date de parution
  • Date de mise à jour
  • AuteurCarl-Stéphan Parent

L'année 2026 restera gravée dans l'histoire technologique comme le moment où le commerce électronique a franchi son rubicon, passant d'un modèle centré sur l'humain ; caractérisé par la navigation visuelle, le clic et la validation manuelle ; à un modèle bâti sur des  protocoles "agentiques" où des intelligences artificielles autonomes exécutent des transactions complexes pour le compte des utilisateurs. Cette transition, loin d'être une simple amélioration incrémentale de l'expérience utilisateur, s'apparente à une refonte profonde de l'infrastructure numérique mondiale, comparable à l'avènement du protocole HTTPS pour la sécurité ou du HTML pour la structuration du web. Au cœur de cette révolution se trouve une féroce bataille normative pour définir le langage universel que ces agents utiliseront pour dialoguer avec les millions de marchands à travers le monde. Cet article destiné en priorité aux décideurs stratégiques, aux architectes techniques et aux directeurs du commerce dans le domaine numérique, propose une analyse détaillée des deux forces en présence qui structurent ce nouveau paysage : l'ACP (Agentic Commerce Protocol), fer de lance de l'alliance OpenAI-Stripe, et l'UCP (Universal Commerce Protocol), la réponse écosystémique orchestrée par Google en coalition avec Shopify, Walmart et Target. La dichotomie entre ACP et UCP dépasse la simple concurrence technique. Elle incarne deux visions divergentes de l'économie numérique future. ACP, lancé en septembre 2025, propose une approche "transaction-first", pragmatique et rapide, conçue pour transformer les interfaces conversationnelles comme ChatGPT en terminaux de paiement instantanés, capitalisant sur l'impulsion et la réduction de friction. À l'opposé, UCP, dévoilé en janvier 2026, défend une approche "journey-first", ou "holistique", qui vise à standardiser l'intégralité du cycle de vie commercial ; de la découverte complexe à la gestion des retours ; afin de préserver la richesse de l'expérience d'achat et la souveraineté des données marchandes dans un monde post-navigateur. Nous disséquerons donc les architectures techniques de chaque protocole, leurs modèles de sécurité respectifs (tokens de paiement délégués vs titres vérifiables), leurs écosystèmes de partenaires, et leurs implications économiques. Nous démontrerons que pour la majorité des acteurs commerciaux, le choix ne sera pas binaire mais contextuel, voire cumulatif, nécessitant de mettre au point une stratégie d'intégration hybride pour éviter l'invisibilité dans l'une ou l'autre des sphères d'influence de l'IA.

 

Ce qu'il faut retenir à propos de la guerre ACP vs UCP :

  • L'avènement du commerce agentique : en 2026, le e-commerce bascule d'un modèle centré sur l'humain vers un modèle "agentique", où des IA autonomes (agents) exécutent des transactions complexes à la place des utilisateurs ;
  • L'ACP : porté par l'alliance OpenAI et Stripe, ce protocole privilégie une approche « transaction-first ». Il est conçu pour la rapidité et l'achat d'impulsion, transformant les interfaces comme ChatGPT en terminaux de paiement instantanés grâce à des jetons sécurisés ;
  • L'UCP : orchestré par Google en coalition avec des géants du retail (Shopify, Walmart, Target), il défend une vision « journey-first ». Plus complet, il standardise tout le cycle d'achat, de la découverte de produits jusqu'au service après-vente et aux retours ;
  • Deux visions divergentes : l’ACP mise sur la réduction maximale de la friction (quitte à simplifier l'offre marchande), tandis que l'UCP cherche à préserver la souveraineté des données des marchands et la richesse de leur expérience client ;
  • Un enjeu de visibilité : pour les organisations, le risque majeur est la fragmentation. Ne pas choisir ou ne pas être compatible avec l'un de ces protocoles pourrait rendre leurs produits "invisibles" pour les principaux agents IA du marché (ChatGPT ou Gemini) ;
  • Vers une stratégie hybride : le choix ne sera pas binaire ; les marchands devront probablement intégrer les deux standards ou passer par des outils d'orchestration (middleware) pour couvrir l'ensemble de l'écosystème.

 

1. La genèse de l'économie agentique et la crise de l'intégration.

1.1. Le changement de paradigme : du "web humain" au "web agentique".

Pour comprendre la nécessité et l'urgence des protocoles ACP et UCP, il est impératif de contextualiser l'évolution technologique récente. Pendant deux décennies, l'optimisation du commerce électronique (SEO, UX, CRO) a visé exclusivement le cerveau et l'œil humains. 

Les sites web sont construits avec des interfaces graphiques (GUI) riches, des images, et des structures de navigation conçues pour l'intuition humaine. Cependant, l'explosion des grands modèles de langage (LLM) a introduit un nouvel acteur sur le marché : l'agent IA.

L'agent IA ne "voit" pas le web comme un humain. Il "lit" le code, interprète la sémantique et exécute des fonctions. Lorsqu'un utilisateur demande à ChatGPT ou Gemini : "Trouve-moi des chaussures de randonnée rouges en taille 42, livrables demain à Lyon pour moins de 150€", l'agent doit effectuer une série d'opérations complexes : comprendre l'intention, rechercher dans des catalogues disparates, vérifier la disponibilité en temps réel, comparer les prix, et idéalement, effectuer l'achat.

Le "web humain" actuel, avec ses pop-ups, ses captchas et ses flux de paiement visuels, est d'une certaine manière hostile aux agents. De plus, ces derniers manquaient jusqu'à présent de l'autorité standardisée pour "appuyer sur le bouton acheter". C'est ce que l'on nomme le "commerce agentique" : la capacité pour un logiciel d'agir comme mandataire transactionnel autonome.

1.2. La question du "N x N" et la nécessité de standardisation.

Avant l'émergence d'ACP et UCP, l'industrie faisait face à un mur technique insurmontable : le problème d'intégration "N x N".

  • Imaginez N agents IA (ChatGPT, Claude, Gemini, Meta AI, Apple Intelligence...) ;
  • Imaginez N plateformes marchandes (Shopify, Magento, Salesforce, VTEX, PrestaShop, développements sur mesure...) ;

Sans protocole commun, chaque agent devrait développer une intégration spécifique (API connecteur) pour chaque plateforme marchande, voire pour chaque marchand individuel. Ça créerait une fragmentation totale, limitant le commerce agentique à quelques géants capables de financer ces intégrations bespoke.

L'objectif des protocoles : créer une couche d'abstraction universelle. Un marchand expose ses produits et capacités via un protocole standard (ACP ou UCP), et n'importe quel agent compatible peut instantanément interagir avec lui, lire son catalogue et passer commande.

1.3. Des enjeux économiques massifs.

Les enjeux financiers derrière cette bataille de standards sont colossaux. Morgan Stanley et McKinsey projettent que le commerce agentique pourrait représenter entre 3 000 et 5 000 milliards de dollars de volume d'affaires global d'ici 2030.

En 2026, nous observons déjà une accélération : 76% des consommateurs expriment le désir d'assistants d'achat alimentés par l'IA. L'entité qui contrôlera le protocole dominant contrôlera de facto les "rails" de ce nouveau commerce. 

C'est pourquoi nous assistons à une mobilisation sans précédent des géants de la tech :

  • OpenAI tente de devenir le nouveau navigateur et système d'exploitation du commerce via ChatGPT ;
  • Google défend sa position hégémonique dans la recherche d'information (search) et la publicité en intégrant le commerce directement dans ses résultats génératifs ;
  • Les retailers (Walmart, Target) cherchent à éviter la "taxe Amazon" en soutenant des standards ouverts qui leur permettent de rester propriétaires de la relation client.

2. Analyse approfondie de l'Agentic Commerce Protocol (ACP).

2.1. Historique et vision stratégique.

L'ACP a été officiellement lancé en septembre 2025, fruit d'une collaboration stratégique entre OpenAI et Stripe. Cette alliance n'est pas fortuite : OpenAI possédait l'interface utilisateur la plus populaire (ChatGPT) et Stripe possédait l'infrastructure de paiement la plus flexible et répandue. 

La philosophie d'ACP est résolument "transaction-first" (la transaction avant tout !). Les architectes d'ACP ont identifié que le principal point de friction dans le commerce conversationnel n'était pas la découverte (les LLM sont déjà bons pour suggérer des produits), mais l'exécution du paiement. 

Rediriger un utilisateur hors du chat vers un site web pour payer entraînait une chute drastique des taux de conversion. ACP a été conçu pour résoudre ce problème spécifique : permettre un "instant checkout" natif.

2.2. Architecture technique et spécifications.

ACP est un standard ouvert, publié sous licence Apache 2.0, qui définit comment les agents, les marchands et les processeurs de paiement interagissent. Son architecture est volontairement légère pour faciliter une adoption rapide.

2.2.1. Le modèle de données et API.

ACP repose sur des endpoints RESTful standardisés que le marchand doit exposer. Le protocole se concentre sur une structure de données JSON stricte pour définir :

  • Le panier (cart) : lignes produits, quantités, variantes ;
  • La session de checkout : calcul des taxes, frais de port, total ;
  • L'exécution du paiement : La phase critique de validation.

2.2.2. La sécurité par les "delegated payment tokens".

L'innovation majeure d'ACP, et son principal argument de vente technique, réside dans sa spécification de paiement délégué (delegated payment spec). Dans un flux e-commerce classique, le marchand collecte les numéros de carte (PAN). Dans un flux agentique, l'utilisateur donne son numéro à l'agent (ChatGPT). Ça génère un risque non négligeable en matière de sécurité et un potentiel écueil en matière de conformité PCI-DSS : l'agent ne doit pas stocker ces données sensibles, et le marchand doit pouvoir faire confiance à l'agent.

ACP résout cela via un mécanisme de tokenisation à usage unique :

  1. L'intention : l'utilisateur dit "Achète ça !" ;
  2. La tokenisation : l'agent (ex: OpenAI) ne transmet pas le numéro de carte au marchand. Il contacte le PSP du marchand (ex: Stripe) via une API sécurisée pour générer un "jeton de paiement partagé" (shared payment token) ;
  3. Les contraintes (scope) : ce jeton est cryptographiquement restreint : il n'est valide que pour un montant précis (ex: 50€), pour un marchand précis, et pour une durée très courte (ex: 15 minutes) ;
  4. L'exécution : l'agent transmet ce jeton au marchand via l'API ACP. Le marchand utilise ce jeton pour débiter le client via son propre compte Stripe ;
    1. Résultat : le marchand reste le "Marchand of Record" (MOR), gère les litiges et les remboursements, mais n'a jamais touché aux données brutes de la carte, réduisant sa portée PCI ;
    2. Parcours utilisateur et implémentation : l'implémentation de référence est "ChatGPT Instant Checkout" ;
    3. Expérience : l'utilisateur discute, valide un produit. Une carte native (UI component) apparaît dans le chat avec un bouton "Payer". L'utilisateur clique, et la transaction est confirmée instantanément sans quitter l'application ;
    4. Intégration marchand : pour les marchands utilisant Stripe, l'intégration est souvent "low-code" via la Stripe Agentic Commerce Suite. Le marchand active l'option, et Stripe gère la traduction des appels ACP vers le backend du marchand ;
    5. Pour les autres, il faut construire les endpoints API conformes à la spécification OpenAPI d'ACP.

2.4. Forces et faiblesses structurelles d'ACP.

  • Pénétration marché et position dominante actuelle : ACP bénéficie de l'effet de réseau massif de ChatGPT (230 millions d'utilisateurs hebdomadaires) ; c'est le seul protocole "live" à grande échelle disponible  début 2026 ;
  • Dépendance à un canal unique : pour l'instant, ACP est synonyme d'OpenAI ; si la popularité de ChatGPT décline ou se fragmente, la valeur du protocole diminue ;
  • Facilité technique et simplicité d'adoption : la dépendance à Stripe (bien que non exclusive en théorie) rend l'adoption triviale pour des millions de marchands Shopify/WooCommerce qui utilisent déjà Stripe ;
  • Portée Fonctionnelle restreinte : ACP est conçu pour le "checkout". Il est très pauvre sur la "découverte" (search), le merchandising complexe, ou le service après-vente (retours, suivi) ;
  • Performance transactionnelle : excellent pour les achats d'impulsion ; taux de conversion élevés sur les produits simples grâce à la réduction drastique des clics ;
  • Coûts additionnels : l'utilisation d'ACP peut entraîner des frais de plateforme "agentiques" (environ 2 à 3% supplémentaires) pour couvrir les coûts de l'IA, s'ajoutant aux frais de carte bancaire.

3. Analyse détaillée de l'UCP.

 

3.1. Historique et coalition industrielle.

Face à la montée en puissance d'OpenAI dans le commerce, Google ne pouvait rester inactif. En janvier 2026, lors du salon NRF (National Retail Federation), Google a dévoilé l'UCP.

Le lancement d'UCP se distingue par sa coalition de partenaires fondateurs. Contrairement au duo technologique OpenAI/Stripe, Google a rallié l'infrastructure du commerce de détail : Shopify (qui gère des millions de boutiques), Walmart, Target, Best Buy, Etsy, et Wayfair.

Cette alliance signale une volonté de créer un standard industriel robuste, capable de gérer la complexité du "vrai" retail (stocks physiques, logistique lourde, règles métier complexes), et non seulement la vente de produits numériques ou simples.

3.2. Architecture technique : une approche modulaire et "journey-first".

UCP est conçu avec une philosophie "journey-first" (le parcours avant tout !). Il ne se limite pas à la transaction. Il standardise la découverte, la négociation, l'achat et le post-achat. Son architecture est beaucoup plus dense et structurée que celle d'ACP.

3.2.1. Les couches du protocole (the layered design).

UCP structure le commerce en couches distinctes pour assurer la flexibilité :

  1. Shopping service (couche de base) : elle définit les primitives universelles ; qu'est-ce qu'une session? Qu'est-ce qu'un prix? Qu'est-ce qu'une ligne de commande ?
  2. Capabilities (couche fonctionnelle) : c'est le cœur modulaire. Les fonctionnalités sont regroupées en "capacités" versionnées indépendamment. Exemples :
    1. dev.ucp.shopping.checkout : pour payer ;
    2. dev.ucp.shopping.discovery : pour rechercher dans le catalogue ;
    3. dev.ucp.shopping.orders : pour gérer l'historique et les retours.
  3. Extensions (couche métier) : elles permettent aux marchands d'ajouter des règles spécifiques sans briser le standard. Exemple : une extension fulfillment pour choisir un créneau de livraison de meubles, ou une extension loyalty pour appliquer des points fidélité.

3.2.2. Le mécanisme de découverte (discovery manifest).

C'est la différence fondamentale avec ACP. UCP introduit un concept de "manifeste de découverte". Chaque marchand UCP publie un fichier JSON standardisé à une adresse connue : /.well-known/ucp.

  • Ce fichier dit à l'agent : "Voici mes capacités. Je supporte la recherche vectorielle. J'accepte Google Pay et PayPal. J'autorise les retours automatisés. Voici mes extensions pour la livraison express." ;
  • Cela permet à un agent (comme Gemini) de "scanner" un site marchand et de comprendre instantanément comment interagir avec lui, sans intégration codée en dur.

3.2.3. Interopérabilité et protocoles connexes.

Google a conçu UCP comme un "méta-protocole" capable d'englober d'autres standards :

  • MCP (Model Context Protocol) : UCP est compatible avec le standard d'Anthropic pour connecter les LLM aux données. Un agent Claude peut utiliser MCP pour "parler" UCP ;
  • AP2 (Agent Payments Protocol) : pour le paiement, UCP utilise souvent AP2, un standard de Google pour les paiements agentiques sécurisés utilisant des "verifiable credentials" (titres vérifiables) et des signatures cryptographiques, offrant une alternative plus riche aux simples tokens d'ACP ;
  • A2A (Agent-to-Agent) : UCP facilite la communication entre agents (ex: un agent "Shopper" parle à un agent "Support Client" du marchand) ;
  • Parcours utilisateur et implémentation : l'implémentation phare est visible dans "Google Search AI Mode" et l'application Gemini sur Android ;
  • Expérience : l'utilisateur cherche "Meilleur téléviseur OLED pour le gaming". Gemini propose un comparatif. L'utilisateur choisit. Gemini vérifie le stock chez Best Buy (via UCP), applique la réduction membre du client (via Extension Fidélité), et utilise les informations de livraison du Google Wallet pour commander ;
  • Post-achat : trois jours plus tard, l'utilisateur dit à Gemini "Ma commande est en retard". L'agent utilise la capacité dev.ucp.shopping.orders pour interroger le statut en temps réel et proposer un remboursement partiel si prévu par la politique du marchand.

3.4. Forces et faiblesses structurelles d'UCP.

  1. Portée fonctionnelle et exhaustivité du cycle de vie : UCP gère tout (découverte, achat, et surtout le SAV). Ça réduit considérablement les coûts de support client pour les marchands ;
  2. Complexité d'intégration : la richesse d'UCP est son fardeau. Mettre en place les manifestes, les extensions et les différentes couches demande une maturité technique supérieure à celle requise pour ACP.
  3. Soutien industriel d'une puissante aliance retail : les soutiens de Walmart et Shopify garantissent que le protocole est adapté aux besoins réels des commerçants, pas seulement aux besoins d'une entreprise d'IA. Shopify a d'ores et déjà intégré UCP dans ses "Checkout Kit SDKs" ;
  4. Départ tardif : lancé 4 mois après ACP, UCP doit rattraper son retard en termes d'implémentations actives "live" sur le marché ;
  5. Découverte produit et optimisation SEO IA : UCP structure les données pour qu'elles soient parfaitement "lisibles" par les moteurs de recherche IA, offrant un avantage décisif pour la visibilité (discovery) ;
  6. Dépendance à l'écosystème Google : bien qu'open source, l'intégration complète (Merchant Center, Google Pay, Wallet) lie fortement le marchand à l'infrastructure Google.

4. Analyse technique comparative : le choc des architectures.

Au-delà des discours marketing, il est important de comparer les mécanismes profonds de ces deux protocoles. La matrice ci-dessous offre une comparaison technique et stratégique détaillée, consolidant les données éparses des spécifications techniques.

4.1. Matrice de comparaison détaillée.

  1. Architecture primaire :
    1. ACP : architecture transactionnelle ; focus sur l'API de checkout et la sécurisation du paiement ;
    2. UCP : architecture modulaire et sémantique ; focus sur la description des capacités (discovery) et l'orchestration de services ;
  2. Mécanisme de découverte :
    1. ACP : limité voire inexistant ; il repose sur l'ingestion préalable du catalogue par l'IA (feed) ou des plugins simples ;
    2. UCP : manifeste dynamique (.well-known/ucp) ; l'agent découvre en temps réel les capacités du marchand et s'adapte ;
  3. Sécurité des paiements :
    1. ACP : Delegated Payment Tokens (tokenisation), jeton unique généré par le PSP (Stripe) et passé au marchand. Simple et efficace.
    2. UCP : via AP2, il utilise des Verifiable Credentials et des signatures cryptographiques, plus complexe mais plus flexible (multi-wallet) ;
  4. Gestion du panier :
    1. ACP : mono-produit (initialement car son évolution vers le multi-produit est en cours), il est optimisé pour "Acheter cet article maintenant";
    2. UCP : gère nativement les paniers multi-articles, les règles de mix-and-match, et les contraintes logistiques d'où une certaine complexité ;
  5. Extensions métier :
    1. ACP : la structure JSON est stricte et rigide afin de garantir la compatibilité immédiate. Peu de place pour le "custom" ;
    2. UCP : son système d'extensions formelles permet d'ajouter des champs et des logiques spécifiques (ex: configuration de voiture) ;
  6. Post-achat :
    1. ACP : non géré, une fois le paiement fait, l'ACP considère sa mission terminée ;
    2. UCP : c'est natif ! I dispose de capacités dédiées pour le suivi de commande, l'annulation, le retour et le support client automatisé ;
  7. Interopérabilité :
    1. ACP : l'API REST facilite à consommer pour tout développeur web ;
    2. UCP : multi-protocole et conçu pour wrapper REST, MCP (Anthropic), et A2A.

4.2. Analyse des divergences "philosophiques".

La différence fondamentale réside dans la confiance en l'IA :

  • ACP suppose que l'IA est le "cerveau" (#DavidNiven) et le marchand est le "distributeur". L'IA décide quoi acheter, le marchand exécute. C'est une commoditisation du marchand ;
  • UCP suppose une relation plus équilibrée. Le marchand expose son "intelligence" (règles métier, contraintes, services) via le protocole, et l'IA doit respecter et naviguer dans ces contraintes. C'est une approche qui préserve la différenciation du marchand.

5. Implications stratégiques pour les marchands et l'écosystème.

5.1. La Guerre des protocoles et le risque de fragmentation.

Nous assistons à une "guerre des protocoles" classique (similaire à VHS vs Betamax ou Blu-ray vs HD DVD). Cependant, contrairement aux supports physiques, le logiciel permet la coexistence. 

Le risque majeur pour les marchands est la fragmentation de l'inventaire. Si un marchand n'implémente que ACP, il disparaît de Google Gemini. S'il n'implémente que UCP, il est invisible sur ChatGPT.

Cette situation recrée le problème "N x N" à un niveau supérieur : non plus N agents, mais N protocoles. Les marchands risquent de devoir maintenir plusieurs "façades" agentiques pour couvrir le marché.

5.2. L'Émergence des couches d'orchestration (middleware).

Face à cette complexité, une nouvelle catégorie de logiciels émerge : les middlewares d'orchestration agentique. Des plateformes comme Paz.ai, Pipe17, ou les nouvelles fonctionnalités de Shopify visent à abstraire cette complexité.

  • Leur promesse : "Connectez votre catalogue une fois à notre plateforme, et nous traduisons automatiquement vos données en ACP pour OpenAI, en UCP pour Google, et en tout futur protocole" ;
  • Recommandation : pour les marchands qui ne sont pas des géants technologiques, passer par ces couches intermédiaires (ou via leur plateforme e-commerce native comme Shopify) est la stratégie la plus sûre pour éviter la dette technique.

5.3. Impact sur le SEO et l'AEO (Agent Engine Optimization).

L'adoption d'UCP est intimement liée à l'avenir du SEO. Google a clairement indiqué que les données structurées UCP alimenteront ses modèles IA

  • Ne pas adopter UCP revient à risquer de disparaître des résultats de recherche "AI Overviews" qui dominent de plus en plus la page de résultats (SERP) ;
  • L'UCP devient donc le nouveau standard technique pour le référencement naturel des produits, remplaçant ou augmentant les flux Google Shopping traditionnels (Merchant Center Feeds).

6. Perspectives régionales et futur du marché.

6.1. L'impact en France et en Europe.

Bien que ces protocoles soient nés aux États-Unis, leur impact en France est immédiat pour plusieurs raisons structurelles :

  1. Régulation et DSP2 : les protocoles agentiques doivent se conformer à la DSP2 en Europe, notamment l'authentification forte (SCA). Le protocole AP2 de Google (utilisé dans UCP) et les tokens délégués d'ACP (via Stripe) sont conçus pour intégrer ces défis biométriques (FaceID, etc.) dans le flux, ce qui est indispensable pour le marché français ;
  2. Adoption des plateformes : l'écosystème e-commerce français est très pénétré par Shopify, PrestaShop et Salesforce. Shopify étant co-auteur d'UCP, les marchands français Shopify bénéficieront probablement d'une mise à jour "native" rendant UCP disponible sans effort de code ;
  3. Comportement consommateur : les consommateurs français, très friands de comparateurs de prix et de recherche avant achat, pourraient favoriser l'approche UCP (Google) qui excelle dans la comparaison, contrairement à l'approche "achat impulsif" d'ACP.

6.2. Convergence ou coexistence ?

À l'horizon 2027-2030, il est peu probable qu'un seul protocole éradique l'autre.

  • Scénario le plus probable : une spécialisation par cas d'usage :
    • ACP deviendra le standard du "commerce social" et "conversationnel" (réseaux sociaux, chatbots de messagerie) ;
    • UCP deviendra le standard du "commerce de recherche" et de l'infrastructure retail lourde (supermarchés, équipement maison) ;
  • Une convergence technique est encore possible via la Linux Foundation (qui a lancé l'AAIF ou AI Agent Institute) pour créer une gouvernance partagée, comme évoqué dans certaines discussions industrielles.

7. Recommandations stratégiques : vers quel protocole se tourner ?

La question "lequel choisir ?" est un piège ! Pour un directeur e-commerce ou un DSI, la réponse n'est pas technologique mais stratégique, basée sur la typologie de vente ainsi que la clientèle cible.

7.1. Matrice de décision stratégique.

Voici une proposition de cadre décisionnel pour orienter vos investissements en 2026 :

  • Détaillant "impulse" et Gen Z (mode rapide, cosmétiques, gadgets) : 
    • priorité ACP ;
    • Les clients sont sur ChatGPT et TikTok ;
    • L'achat est émotionnel et rapide. 
    • La friction du checkout est l'ennemi n°1. 
    • ACP maximise la conversion immédiate ;
  • Distributeur omnicanal et "complexe" (bricolage, mobilier, électronique...) :
    • Priorité UCP ;
    • Les produits nécessitent de la recherche, de la comparaison et de la vérification de stock ;
    • Le post-achat (livraison, retour) est critique ;
    • UCP offre la structure nécessaire ;
  • Marchand Shopify / SaaS :
    • Attentisme actif (les deux !) ;
    • Votre plateforme (Shopify, BigCommerce) va intégrer nativement ces protocoles ;
    • Activez les deux dès qu'ils sont disponibles dans vos réglages ;
    • Ne développez rien en propre !
  • Marque digital native :
    • Stratégie hybride, utilisez ACP pour vos drops et éditions limitées sur les réseaux sociaux ;
    • Utilisez UCP pour votre catalogue permanent sur Google pour assurer le SEO à long terme.

7.2. Feuille de route pour implémentation (roadmap).

  1. Audit de données (Q1 2026) : vos données produits sont-elles propres ? Pour qu'un agent (ACP ou UCP) vende vos produits, il a besoin de données structurées parfaites (GTIN, stocks temps réel, attributs précis). C'est le pré-requis numéro un !
  2. Choix du middleware (Q2 2026) : n'essayez pas de coder ces protocoles en interne sauf si vous avez une équipe R&D dédiée. Évaluez si votre plateforme actuelle (ex: Salesforce, Adobe) a une roadmap "Agentic". Sinon, étudiez des solutions comme Pipe17 ;
  3. Expérimentation (Q3 2026) : lancez un pilote ACP sur une gamme de produits simples ("Hero products") pour tester l'appétence de vos clients au commerce conversationnel ;
  4. Déploiement UCP (Q4 2026) : préparez votre flux pour la fin d'année, car Google poussera fortement les résultats "shopping agentic" pour les fêtes.
     

 

L'émergence des protocoles ACP et UCP en 2026 cristallise une mutation profonde du commerce électronique, marquant le passage d'une navigation visuelle humaine à une infrastructure numérique pilotée par des agents autonomes. Tandis que l'ACP d'OpenAI et Stripe se concentre sur l'efficacité immédiate de la transaction pour maximiser la conversion conversationnelle, l'UCP soutenu par Google et une large coalition de retailers propose une vision plus exhaustive couvrant l'intégralité du parcours client, de la découverte sémantique à la gestion logistique du service après-vente. Cette rivalité normative impose désormais aux marchands d'engager une réflexion stratégique sur l'interopérabilité, les obligeant souvent à adopter des solutions d'orchestration hybrides pour éviter de s'enfermer dans un silo technologique tout en préservant leur souveraineté face à la puissance des modèles de langage. vos futurs meilleurs clients ne seront plus des humains, mais des robots qui agiront pour eux. ACP vous permet de leur vendre rapidement ; UCP vous permet de construire une relation durable avec eux. Dès lors, comment l'identité visuelle des marques survivra-t-elle à la médiation d'agents qui privilégient les données techniques aux expériences émotionnelles ? Par ailleurs, la fragmentation actuelle entre ces deux standards ne risque-t-elle pas de freiner l'adoption massive du commerce agentique en recréant de nouvelles barrières à l'entrée pour les petits commerçants ?

 

FAQ.

Questions-réponses concernant la guerre des protocoles agentiques entre ACP et UCP.

  1. C'est quoi exactement le "commerce agentique" ? C'est une nouvelle façon de consommer où ce n'est plus vous qui parcourez les sites web, mais une intelligence artificielle (un agent) qui cherche, compare et achète les produits pour vous de manière autonome ;
  2. Concrètement, à quoi sert le protocole ACP ? Développé par l'alliance OpenAI-Stripe, l'ACP permet de transformer une discussion avec une IA en terminal de paiement immédiat, facilitant ainsi les achats d'impulsion sans jamais quitter l'interface de chat ;
  3. Et l'UCP de Google, il apporte quoi de plus ? Contrairement à l'ACP qui se concentre sur le paiement, l'UCP gère l'intégralité du parcours d'achat, de la découverte précise du produit dans le catalogue jusqu'à la gestion des retours et du service après-vente ;
  4. Lequel des deux est le plus avantageux pour mon entreprise ? Tout dépend de votre objectif : l'ACP est imbattable pour la rapidité et la conversion directe, tandis que l'UCP est préférable si vous voulez garder le contrôle sur votre relation client et vos données logistiques complexes ;
  5. Est-ce que je vais être obligé de choisir un camp ? Idéalement non, car ne choisir qu'un protocole vous rendrait invisible pour une partie des utilisateurs ; l'enjeu pour les marchands sera de devenir "polyglottes" pour répondre aux requêtes venant de ChatGPT comme de Gemini ;
  6. Est-ce que c'est compliqué à installer sur une boutique en ligne ? L'intégration de l'ACP est facilitée pour les utilisateurs de Stripe, alors que l'UCP demande une configuration technique un peu plus dense pour exposer correctement toutes les règles métier et les stocks du marchand ;
  7. Pourquoi parle-t-on d'une "guerre des protocoles" ? Parce que celui qui réussira à imposer son standard deviendra le nouveau passage obligé du commerce mondial, un peu comme Google l'est devenu pour la recherche web ou les banques pour les paiements par carte.

 

Sources :

  • Jordan Koene "Google's Universal Commerce Protocol: The Signal Matters More Than The Spec" in Previsible.io (12/01/26) [13/01/26] [https://previsible.io/] ;
  • Synscribe "Getting Started with Google's Universal Commerce Protocol (UCP): The Ultimate Developer Resource Guide | Synscribe" in Synscribe (12/01/26) [13/01/26] [https://synscribe.com/] ;
  • Vivek Haldar "Agentic Commerce Protocol Wars" in YouTube (12/01/26) [13/01/26] [www.youtube.com/watch?v=l33yYdrmMYs] ;
  • Shopify "The agentic commerce platform: Shopify connects any merchant to every AI conversation" in Shopify (11/01/26) [13/01/26] [www.shopify.com/] ;
  • Shopify Engineering "Building the Universal Commerce Protocol (2026) - Shopify Engineering" in Shopify Engineering (11/01/26) [13/01/26] [https://shopify.engineering/] ;
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