Sommaire
- 1. L'origine du défilement infini et la genèse d'une révolution ergonomique.
- 2. Les mécanismes de la dépendance et les critiques d'un design captif.
- 3. La tiktokisation des plateformes et le cas Netflix comme posture politique.
- 4. Vers une ergonomie éthique et les meilleures alternatives au scroll sans fin.
Ce qu’il faut retenir à propos de l'infinite scroll :
- Le défilement infini a été inventé en 2006 par Aza Raskin pour fluidifier l'expérience utilisateur (UX ou User eXperience) ;
- Son créateur compare aujourd'hui son invention à une drogue comportementale qui encourage une consommation passive ;
- L'absence de pied de page prive l'internaute de tout sentiment d'accomplissement ou de fin de tâche ;
- Les organisations comme Netflix adoptent désormais ce code pour rivaliser avec l'addiction générée par TikTok ;
- La suppression de la pagination peut nuire au référencement naturel (SEO) si elle n'est pas gérée techniquement ;
- Des alternatives comme le bouton de chargement manuel permettent de concilier confort et liberté de choix ;
- La régulation européenne et britannique commence à s'intéresser à ce dark pattern pour protéger la santé mentale des jeunes.
Est-ce que vous avez déjà eu l’impression que votre pouce possède sa propre volonté alors que vous parcourez vos réseaux sociaux sans jamais trouver la fin de la page ? Ça arrive à tout le monde parce que le défilement infini, ou infinite scroll, a été conçu précisément pour que l'action de s'arrêter demande un effort conscient plus important que l'action de continuer. Pourquoi cette invention, qui devait simplifier la navigation web, est-elle devenue le symbole d'une économie de l'attention qui dévore notre temps libre ? Est-il possible pour une organisation moderne de renoncer à ce dispositif sans sacrifier son engagement utilisateur ? Comment pouvons-nous reprendre le contrôle sur des interfaces qui nous privent de tout point de repère visuel et temporel ? Cet article explore ces problématiques à travers quatre parties majeures : d'abord l'archéologie et la genèse technique de ce dispositif, ensuite les mécanismes psychologiques et les critiques ergonomiques qui l'entourent, puis l'analyse de la stratégie de tiktokisation des plateformes de streaming avec le cas récent de Netflix, et enfin l'étude des alternatives éthiques pour un web plus respectueux de l'humain.
1. L'origine du défilement infini et la genèse d'une révolution ergonomique.
1.1. La naissance technique d'une interface sans fin.
L'histoire commence en 2006 dans les bureaux d'une jeune organisation qui travaille sur l'amélioration des interfaces logicielle. Aza Raskin, un expert en ergonomie, cherche une solution pour éliminer la friction que représente le clic sur le bouton de page suivante. À cette époque, le web est morcelé en petites pages numérotées qui obligent le visiteur à attendre un nouveau chargement toutes les dix ou vingt entrées. Raskin imagine un code en JavaScript (langage de programmation de scripts) qui détecte la position de l'ascenseur sur l'écran. Quand l'utilisateur approche du bas, le système précharge automatiquement la suite des données. Ça semble être une amélioration majeure car le flux devient continu. Le gain de temps est réel puisque l'attente disparaît. Pourtant, ce qui n'est au départ qu'une optimisation technique va muter en un outil de captation massive.
1.2. Le déploiement au sein des réseaux sociaux.
L'adoption par les géants de la technologie ne se fait pas attendre. Les réseaux sociaux comprennent vite que la disparition des barrières visuelles favorise une navigation plus longue. Les interfaces de Facebook et Twitter intègrent le dispositif pour transformer le flux d'actualité en une rivière sans embouchure.
- L'expérience devient liquide et ne propose plus de point d'arrêt ;
- La charge cognitive liée au choix de changer de page est éliminée ;
- Le système de récompense du cerveau est stimulé par l'arrivée constante de nouveaux contenus ;
- L'organisation maximise le temps passé par session pour diffuser plus de publicités ;
- Le geste du pouce devient un automatisme moteur qui court-circuite la réflexion.
1.3. L'évolution des scenarii d'usage.
Au fil des années, le défilement infini s'adapte à différents supports, avec une efficacité redoutable sur mobile. L'écran tactile est le terrain de jeu idéal pour cette mécanique. La conception de l'interaction humaine avec la machine change radicalement. On ne cherche plus une information précise, on se laisse porter par un flux que l'on ne maîtrise plus.
- Identification du besoin de fluidité par les concepteurs de navigateurs ;
- Développement des premières bibliothèques de code pour automatiser le chargement ;
- Intégration massive dans les applications mobiles de divertissement ;
- Apparition du défilement vertical plein écran popularisé par les vidéos courtes ;
- Généralisation du modèle à des secteurs traditionnellement structurés par la pagination.
2. Les mécanismes de la dépendance et les critiques d'un design captif.
2.1. La psychologie cognitive face au flux perpétuel.
Le succès de ce dispositif repose sur un principe de psychologie connu sous le nom de récompense intermittente. C'est le même mécanisme qui rend les machines à sous si addictives. Puisqu'on ne sait jamais si le prochain contenu sera intéressant ou non, on continue de faire défiler la page dans l'espoir d'obtenir une dose de dopamine (hormone du plaisir et de la récompense).
L'absence de "limite de portion", à l'image d'un bol de soupe qui se remplirait par le bas, empêche le cerveau de recevoir le signal de satiété. Le défilement infini est désormais classé parmi les "dark patterns", ces motifs de conception qui manipulent l'utilisateur pour qu'il agisse contre ses propres intérêts.
En supprimant le pied de page, on supprime aussi l'accès à des informations légales ou de contact qui sont pourtant une clef de la transparence d'une organisation. Ça crée une frustration chez celui qui cherche une donnée spécifique mais qui voit l'interface se dérober sans cesse sous ses yeux.
2.2. L'impact technique et les défis pour le référencement.
Pour une organisation qui gère un site de commerce électronique, l'infinite scroll n'est pas sans risque. Le référencement naturel peut en souffrir grandement. Les robots d'indexation des moteurs de recherche ont parfois du mal à explorer les contenus qui nécessitent une action de défilement pour apparaître.
- Le contenu situé très bas dans le flux n'est jamais vu par les robots de recherche ;
- Le temps de chargement initial peut s'alourdir si le script est mal optimisé ;
- La gestion de la mémoire vive du navigateur devient problématique après plusieurs minutes de défilement ;
- L'utilisateur perd la possibilité de marquer une position précise pour y revenir plus tard ;
- L'impossibilité d'accéder au pied de page nuit à la crédibilité institutionnelle.
2.3. Les étapes d'une prise de conscience réglementaire.
Face à ces dérives, plusieurs pays envisagent des lois pour brider ces fonctionnalités. Le Royaume-Uni, en 2026, étudie sérieusement l'interdiction du scroll sans fin pour les mineurs sur les plateformes sociales. L'objectif est de limiter les comportements compulsifs et le "doomscrolling" (fait de défiler sans fin des nouvelles négatives).
- Publication d'études scientifiques sur l'érosion de la capacité d'attention ;
- Auditions des anciens cadres de la tech qui dénoncent ces méthodes ;
- Mise en place de rapports parlementaires sur l'addiction aux écrans ;
- Propositions de lois pour imposer des temps de pause obligatoires ;
- Sanctions financières potentielles pour les organisations qui ne respectent pas le devoir de vigilance.
3. La tiktokisation des plateformes et le cas Netflix comme posture politique.
3.1. Netflix et la mutation vers un modèle de réseau social.
Le cas de Netflix en 2026 est symptomatique d'un basculement profond dans l'industrie du divertissement. L'organisation a annoncé une refonte de son application mobile pour intégrer un flux vertical. Ça signifie que la sélection d'un film ne se fait plus par une exploration calme d'un catalogue, mais par une succession de bandes-annonces qui se lancent automatiquement.
Netflix cherche à capter l'attention de la même manière que TikTok. Cette décision montre que le combat pour le "temps de cerveau disponible" a atteint un tel niveau d'intensité que même les acteurs du streaming haut de gamme doivent adopter les méthodes de la consommation rapide. L'interface devient un tunnel dont il est difficile de s'extraire car chaque fin de vidéo est immédiatement suivie par une autre proposition.
3.2. Une décision qui interroge notre rapport au numérique.
Adopter le défilement infini aujourd'hui n'est plus un simple choix esthétique, c'est un acte qui définit la relation qu'une organisation souhaite entretenir avec son public. Est-on là pour servir l'utilisateur ou pour l'asservir ?
Le parallèle avec les anciens carrousels est frappant : au début, tout le monde en voulait parce que ça semblait moderne, puis on a réalisé que personne ne cliquait dessus. Le défilement infini subit une trajectoire inverse : tout le monde l'utilise, mais de plus en plus de voix s'élèvent pour dire que ça dégrade la qualité de l'expérience vécue.
- La plateforme de streaming devient un espace de consommation impulsive ;
- L'utilisateur perd son rôle de programmateur de son propre temps ;
- La valeur de l'œuvre cinématographique est diluée dans un flux continu ;
- Le risque de fatigue visuelle augmente avec la rapidité des changements d'images ;
- L'organisation s'éloigne de son identité de service culturel pour celle de pur divertissement addictif.
3.3. Les méthodes pour contrer la tiktokisation.
Certains acteurs tentent de résister en proposant des interfaces plus sobres. Ils misent sur la qualité plutôt que sur la quantité et sur le respect du rythme de chacun. Pour une organisation, ça demande du courage puisque les métriques de court terme risquent de baisser au profit d'une fidélité de long terme plus solide.
- Réduction du nombre de notifications push pour limiter les retours fréquents ;
- Suppression des lectures automatiques de vidéos lors du survol ;
- Retour à une navigation structurée par thématiques claires ;
- Intégration de compteurs de temps passé visibles en permanence ;
- Promotion de contenus longs qui demandent un investissement intellectuel.
4. Vers une ergonomie éthique et les meilleures alternatives au scroll sans fin.
4.1. La pagination classique et le bouton de chargement manuel.
La clef d'un design respectueux réside souvent dans le redonner le choix à l'individu. La pagination traditionnelle, bien qu'un peu plus lente, possède des vertus ergonomiques immenses. Elle permet de situer l'information dans l'espace. On sait que tel produit se trouve en page quatre. Le sentiment d'achèvement quand on arrive en bas de page est fondamental pour la satisfaction psychologique. Une excellente alternative est le bouton "Charger plus". Il conserve la fluidité visuelle mais force une micro-décision : l'utilisateur doit cliquer pour voir la suite. Ça casse l'automatisme du pouce et permet de reprendre conscience de son action.
4.2. Le design hybride et la structure par blocs.
Pour concilier les besoins de l'organisation et le confort de l'internaute, des scenarii hybrides émergent. On peut utiliser un défilement continu sur une portion limitée de l'écran ou pour une catégorie de produits précise, tout en gardant un cadre général fixe.
- L'utilisation de zones de défilement horizontales au sein d'une page verticale ;
- La mise en avant d'un pied de page collant qui reste accessible ;
- L'ajout d'une barre de progression qui indique le volume total de données ;
- Le filtrage automatique qui réduit la taille de la liste pour éviter l'infini ;
- La personnalisation des paramètres pour désactiver le scroll infini selon ses préférences.
4.3. Les étapes pour transformer une interface existante vers plus d'éthique.
Si une organisation souhaite faire marche arrière, elle doit procéder par étapes pour ne pas déstabiliser ses utilisateurs les plus habitués au flux. Le changement doit être expliqué comme une amélioration du service et du respect de la vie privée.
- Analyse des comportements actuels via des outils de mesure de l'engagement ;
- Test d'un bouton de chargement manuel sur un échantillon d'utilisateurs ;
- Observation du taux de conversion et du temps passé sur le site ;
- Intégration de repères visuels clairs après chaque bloc de dix ou vingt entrées ;
- Déploiement de la nouvelle interface avec une option de retour à l'ancien mode.
Le défilement infini est passé en deux décennies du statut d'innovation ergonomique géniale à celui d'outil de manipulation comportementale controversé. Inventé pour supprimer la friction du clic, il a fini par supprimer la volonté même de l'utilisateur en créant un flux sans fin qui exploite nos faiblesses neurologiques. Alors que des organisations majeures comme Netflix choisissent de s'engouffrer dans cette voie pour concurrencer TikTok et maximiser l'attention, une prise de conscience globale s'opère. Le retour de la pagination, l'usage du bouton de chargement manuel et l'intervention des régulateurs européens montrent que le web de demain cherche un nouvel équilibre. La clef d'une interface réussie en 2026 n'est plus seulement sa fluidité mais sa capacité à respecter l'autonomie et la santé mentale de ceux qui l'utilisent. Ça demande aux concepteurs de passer d'un design de la captation à un design de la considération. Est-ce que nous sommes prêts à accepter une navigation un peu moins "magique" pour redevenir maîtres de notre temps de lecture ? Le succès des nouvelles plateformes plus sobres pourra-t-il vraiment inverser la tendance de la tiktokisation du monde numérique ? Comment les organisations de demain parviendront-elles à prouver leur éthique sans sacrifier leur rentabilité dans une économie de l'attention saturée ?
FAQ. Questions-réponses concernant le défilement infini et ses impacts sur l'utilisateur. Qui est le véritable inventeur du défilement infini ? L'inventeur est Aza Raskin qui a présenté ce concept en 2006 alors qu'il travaillait sur des interfaces pour améliorer l'expérience des internautes ; Pourquoi dit-on que ce système est un dark pattern ? On utilise ce terme parce que le design est conçu pour inciter l'utilisateur à rester sur l'application plus longtemps qu'il ne le souhaitait initialement ; Quel est l'impact du scroll infini sur le référencement naturel d'un site ? Ça peut être négatif car les robots des moteurs de recherche ne cliquent pas et ne font pas défiler les pages, ce qui masque une partie du contenu ; Est-ce que le défilement infini consomme plus de batterie sur un smartphone ? Oui car le processeur et la puce réseau sont sollicités en permanence pour charger de nouvelles données et rafraîchir l'affichage ; Quelles sont les organisations qui s'opposent aujourd'hui à cette pratique ? Des plateformes axées sur la productivité et certains médias indépendants choisissent de revenir à la pagination pour respecter le temps de leurs lecteurs ; Pourquoi Netflix a décidé de changer son application mobile en 2026 ? L'organisation souhaite devenir aussi addictive que les réseaux sociaux pour contrer la baisse de l'engagement face à la concurrence de TikTok ; Comment peut-on désactiver le défilement infini sur son navigateur ? Il existe des extensions spécifiques pour les navigateurs ou des options dans les paramètres d'accessibilité de certaines applications sociales. Sources : Laurence, "Qu'est-ce que W, ce réseau social européen qui se veut l'anti-X" in Mac4Ever (23/01/26) [26/01/26] [www.mac4ever.com/web/194289-qu-est-ce-que-w-ce-reseau-social-europeen-qui-se-veut-l-anti-x] ; Fabien Guilleux, "Le mobile en 2026 : plongée au cœur des applis les plus prisées, de l'essor de l'IA générative et des nouvelles tendances des réseaux sociaux" in Capi Media (22/01/26). [26/01/26]. [https://capimedia.com/mobile-2026-ia-social/] ; Thomas Belloeil, "Netflix veut transformer son app mobile pour capter l'attention" in Siècle Digital (22/01/26) [26/01/26] [https://siecledigital.fr/2026/01/22/netflix-veut-transformer-son-app-mobile-pour-capter-lattention/] ; Journal du Geek, "Netflix veut devenir aussi addictif qu'un réseau social" in Journal du Geek (21/01/26) [26/01/26] [www.journaldugeek.com/2026/01/21/netflix-veut-devenir-aussi-addictif-quun-reseau-social/] ; Techweez, "The UK is considering regulating infinite scroll on social media" in Techweez (21/01/26) [26/01/26] [https://techweez.com/2026/01/21/the-uk-is-considering-regulating-infinite-scroll-on-social-media/] ; Sherisse Pham, "How the invention of infinite scrolling turned millions to addiction" in Medium - Design Bootcamp (15/05/23) [26/01/26] [https://medium.com/design-bootcamp/how-the-invention-of-infinite-scrolling-turned-millions-to-addiction-3096602ef9af] ; Vitaly Friedman, "Designing Better Infinite Scroll" in Smashing Magazine (22/03/22) [26/01/26] [www.smashingmagazine.com/2022/03/designing-better-infinite-scroll/] ; Héloïse Rambert, "Comment scroller à l'infini affecte votre cerveau" in National Geographic (18/11/21) [26/01/26] [www.nationalgeographic.fr/sciences/psychologie-cognitive-sciences-technologies-comment-scroller-a-infini-affecte-votre-cerveau] ; Franceinfo, "Le créateur du scroll infini sur smartphone cherche aujourd'hui des parades à son invention" in Franceinfo (21/09/20) [26/01/26] [www.franceinfo.fr/internet/telephonie/video-le-createur-du-scroll-infini-sur-smartphone-cherche-aujourd-hui-des-parades-a-son-invention_4101423.html] ; Hoa Loranger, "Infinite Scrolling: Is It Right for Your Website?" in Nielsen Norman Group (09/02/14). [26/01/26]. [www.nngroup.com/articles/infinite-scrolling/].