Un vent de changement souffle sur le monde du design, et il porte le nom d'intelligence artificielle. Cette dernière s'immisce dans le champ de la création, et transforme en profondeur les pratiques et les perspectives du design. À mesure que l'IA redessine les contours des domaines clés du design graphique, de la retouche photo à l'expérience utilisateur, une relation complexe se noue entre l'humain et la machine, entre collaboration et concurrence. La redéfinition des métiers créatifs, en explorant la relation entre designers et IA, nous met au défi de concilier une collaboration fructueuse avec les impératifs du droit d'auteur. L'avenir du design pourrait bien résider dans une créativité symbiotique inédite, des expériences multisensorielles et émotionnelles immersives, tout en réaffirmant le rôle crucial d'une alliance renouvelée entre l'innovation et l'industrie. Forts de ce panorama des transformations actuelles et des perspectives futures, il convient d'examiner de plus près les outils et les défis spécifiques à chaque domaine.
1. IA et design graphique : les outils qui font "Wouah !" (et ceux qui font "Euh...").
1.1. Génération automatique : quand l'IA devient l’assistant créatif favori des designers.
Une transformation profonde dans sa nature mais subtile dans sa manifestation s'opère dans le quotidien des designers grâce à l'IA ; elle stimule leur créativité et améliore leur productivité.
Ces outils de dernière génération prennent en charge les aspects les plus fastidieux du métier. Ils automatisent les tâches répétitives et fournissent des suggestions souvent bienvenues. En théorie, ils offrent aux professionnels du design la possibilité de se consacrer davantage à la vision artistique et stratégique de leurs projets.
Imaginez le gain de temps : créer des logos, des illustrations ou des supports publicitaires qui font mouche en un instant ! C'est la promesse des outils de génération de contenu comme Adobe Firefly, Dall-E et Midjourney. Quelques prompts suffisent pour donner vie aux idées.

Mais les avantages ne s'arrêtent pas là : l'IA est en mesure de proposer des créations en phase avec les affinités spécifiques de chaque audience. Cette approche évite non seulement la standardisation des créations, mais elle stimule également l'inspiration. Adieu les coups de mou et le syndrome de la page blanche ! Place à une créativité sur-mesure et toujours au taquet !
Une question demeure : l'IA peut-elle réellement remplacer la singularité de l'inspiration humaine ?
Création de variations de motifs : Dans le design textile ou graphique, des IA comme RunwayML peuvent générer une infinité de variations d'un motif initial, explorant différentes couleurs, textures et agencements, offrant ainsi aux designers une palette d'options beaucoup plus large.
Suggestion de palettes de couleurs et de typographies : Des plateformes comme Adobe Sensei ou Coolors.co (avec des fonctionnalités IA) peuvent analyser l'ambiance souhaitée pour un projet et proposer des combinaisons de couleurs harmonieuses et des paires de typographies efficaces, basées sur des principes de design et des tendances actuelles.
1.2. IA et retouche photo : les Neural filters de Photoshop font toujours des étincelles !
Les Neural Filters, désormais familiers aux utilisateurs de Photoshop depuis leur introduction en octobre 2020 avec la version 22.0 et qui ont déjà marqué le paysage de la retouche numérique, représentent une étape clé dans l'évolution de la retouche d'image grâce à l'intelligence artificielle. Ces algorithmes sophistiqués s’appuient sur des réseaux de neurones profonds. Ils possèdent la capacité d'analyser et de modifier les images avec une compréhension contextuelle impressionnante qui ouvre de nouvelles perspectives créatives et fonctionnelles.
L'intelligence artificielle dote les Neural Filters d'une capacité d'adaptation et d'une précision remarquables. Ces filtres sont en mesure d’assurer des retouches fines, des améliorations intelligentes et des effets artistiques qui s'intègrent parfaitement au contenu des images, quelle que soit la diversité des scenarii. Cette automatisation sophistiquée allège considérablement la charge de travail manuel, tout en assurant un niveau de qualité élevé et constant. L'arrivée de fonctionnalités comme le remplissage génératif boosté par Adobe Firefly dans la version bêta de Photoshop illustre le dynamisme de cette technologie et son potentiel futur.

L'impact des Neural Filters sur la rapidité et la qualité de la retouche photo est indéniable depuis leur arrivée en octobre 2020. Forts de plusieurs années d'utilisation, ils ont déjà transformé les flux de travail créatifs. L'intégration des outils de retouche générative amplifie encore ce potentiel, et repoussent les limites de la création visuelle. Face à ces avancées, une réflexion éthique sur la préservation de l'authenticité des images et le maintien d'un contrôle humain sur le processus créatif s'avère désormais indispensable. La discussion sur la nature de ces outils – simples assistants ou potentiels substituts aux compétences traditionnelles – est plus que jamais d’actualité.

1.3. : IA et UX : enfin une télépathe qui comprend les utilisateurs (et les concepteurs) !
L'expérience utilisateur reste au cœur des préoccupations, et l'IA offre de nouvelles opportunités de l’améliorer. Grâce à l'analyse comportementale, l'intelligence artificielle offre la possibilité d'optimiser les parcours utilisateurs, de proposer des interfaces naturellement intuitives, voire même de concevoir des expériences totalement personnalisées.
De nouveaux outils comme Figma AI offrent par exemple, la possibilité de créer des interfaces qui s'ajustent dynamiquement aux besoins spécifiques de chaque utilisateur. Cette personnalisation peut donner l'impression d'une quasi-télépathie. Il faut rester vigilant face à la sur-optimisation, car l'humain apprécie parfois une certaine dose d'inattendu.
L'intégration de l'IA transforme également le processus de prototypage. Elle offre la possibilité de tester rapidement un plus grand nombre d'hypothèses. Les gains de temps peuvent s’avérer considérables lorsqu’il s’agit de tester de nouvelles perspectives et d’explorer diverses variations.

Figma AI est un exemple concret de cette synergie. En assistant le prototypage et la gestion collaborative des projets, cet outil exploite des algorithmes intelligents qui proposent des ajustements de mise en page pertinents, simplifier la réutilisation des composants de design et accélérer significativement la création de prototypes interactifs. De plus, Figma AI contribue à améliorer la communication au sein des équipes en détectant et en corrigeant rapidement les incohérences potentielles dans les designs ou la nomenclature des écrans.

2. IA et métiers créatifs : collaborateurs ou concurrents ? (on aime les deux, mais...)
2.1. Le designer augmenté : un duo de choc avec l'IA.
Loin de remplacer les designers, l'IA peut devenir un véritable partenaire de création. Comme nous l’avons vu précédemment, l’intelligence artificielle a pour fonctions premières d’automatiser les tâches répétitives, de suggérer de nouvelles idées, et de permettre aux humains de se concentrer sur l'essentiel : la créativité.
De nouveaux métiers émergent, comme designer d'interfaces IA ou consultant créatif IA. Il est donc crucial de se former et de s'adapter à ces nouvelles compétences.
Principaux métiers axés sur la création et la gestion de l'IA créative :
- Prompt Engineer : ces experts sont chargés de concevoir et d'optimiser les instructions textuelles (prompts) pour générer des images, des textes, de la musique ou d'autres formes de contenu créatif via des outils d'IA générative comme Dall-e, Midjourney, Stable Diffusion ou ChatGPT ;
- Curateur de contenu IA : face à la masse de contenu généré par l'IA, ces professionnels sélectionnent, éditent et affinent les productions de l'IA pour s'assurer de leur qualité, de leur cohérence avec l'identité d'une marque ou d'un projet artistique, et de leur adéquation avec le public cible ;
- Directeur artistique IA (AI art director) : ils supervisent des projets artistiques pilotés par l'IA, définissent l'orientation visuelle, s'assurent de la cohérence esthétique et guident l'équipe dans l'utilisation des outils d'IA pour atteindre les objectifs créatifs ;
- Compositeur de musique IA (AI music composer) : ces professionnels utilisent des algorithmes d'IA pour créer des compositions musicales originales, en collaborant parfois avec des musiciens traditionnels pour enrichir le processus créatif ;
- Scénariste IA (AI creative writer) : ils exploitent l'IA pour générer des idées de scenarii, des dialogues, voire des ébauches complètes de textes créatifs (articles, publicités, etc.), qu'ils affinent ensuite avec leur expertise narrative.
De nouveaux métiers hybrides qui combinent créativité des designers et outils d'IA :
- Designer d'expériences IA : ces designers se concentrent sur la création d'interfaces utilisateur intuitives et engageantes pour les applications et plateformes d'IA créative, en veillant à une expérience utilisateur fluide et agréable ;
- Spécialiste en éthique de l'IA créative : avec la prolifération de contenu généré par l'IA, des experts en éthique sont nécessaires pour aborder les questions de droits d'auteur, de biais algorithmiques, de transparence et de responsabilité liés à l'utilisation de l'IA dans les domaines créatifs ;
- Intégrateur de technologies créatives et d'IA : ces professionnels font le lien entre les outils créatifs traditionnels et les nouvelles possibilités offertes par l'IA, en développant des workflows innovants et en formant les équipes à l'utilisation de ces nouvelles technologies ;
- Consultant en stratégie créative IA : il aide les entreprises et les artistes à identifier les opportunités offertes par l'IA pour innover dans leurs processus créatifs, développer de nouveaux produits ou services, et atteindre de nouveaux publics ;
- Formateur en IA créative : à mesure que ces outils se démocratisent, des formateurs spécialisés deviennent nécessaires pour enseigner aux professionnels créatifs comment intégrer efficacement l'IA au quotidien.
2.2. Quand l'algorithme signe : le droit d'auteur perd son auteur.

Confronté à l'explosion des créations issues de l'IA, le droit d'auteur voit sa conception traditionnelle de l'auteur, basée sur l'originalité et la personnalité humaine, sérieusement remise en cause.Plusieurs perspectives sont explorées :
- l'IA comme simple outil où l'utilisateur humain serait l'auteur ;
- l'IA comme créateur autonome où la titularité des droits est incertaine (la législation actuelle ne reconnaissant généralement pas l'IA comme auteur) ;
- le concepteur de l'IA comme potentiel titulaire, bien que le lien avec la création soit discutable.
En matière de protection des œuvres générées par l'IA, le droit actuel ne la reconnaît pas pleinement en l'absence d'auteur humain. Des nuances existent en cas d'intervention humaine significative, qui pourrait permettre de protéger cette contribution.
De nombreux défis juridiques sont soulevés, notamment l'application de la notion d'originalité aux algorithmes, la détermination de la titularité des droits en cas de collaboration homme-IA, la lutte contre la contrefaçon, les problématiques liées à l'utilisation des données d'entraînement (et les exceptions existantes comme la fouille de données), ainsi que les enjeux de transparence et de responsabilité.
Le cadre juridique est en pleine évolution, avec des réflexions et des propositions législatives en cours, comme celles de l'Union Européenne dans l'AI Act. L'objectif est de trouver un équilibre pour protéger les créations de l'IA, identifier les titulaires de droits et encadrer l'utilisation de l'IA dans le respect de la propriété intellectuelle. L'interaction entre l'IA, le travail du designer et le droit d'auteur forme un champ d'étude complexe dont les contours juridiques demeurent flous.
3. L'avenir du design avec l'IA : prédictions et (petites) inquiétudes.
Dans un avenir proche, la relation entre le designer et l'intelligence artificielle devrait transcender la simple assistance pour évoluer vers une véritable symbiose créative. L'IA ne sera plus seulement un outil, mais un partenaire intuitif, capable d'anticiper les intentions, de générer des idées au-delà de notre imagination actuelle et de co-créer des expériences inédites.
3.1. L’ère de la créativité symbiotique : génération de mondes créatifs et design paramétrique hyper-personnalisé.
Dans un avenir proche, l'IA transcendera son rôle d'outil pour devenir un véritable partenaire créatif, capable d'anticiper et de répondre à la complexité de nos besoins individuels. Imaginez des environnements de design où l'interface elle-même semble lire dans vos pensées. Grâce à l'intégration de capteurs biométriques sophistiqués et à une analyse en temps réel de nos signaux cérébraux et émotionnels, l'IA pourrait interpréter nos intentions créatives avant même qu'elles ne se cristallisent consciemment. Elle deviendrait ainsi capable de suggérer intuitivement des palettes de couleurs harmonieuses avec notre état d'esprit, de proposer des formes qui résonnent avec nos préférences esthétiques profondes, et d'anticiper les textures qui pourraient enrichir notre expérience sensorielle, le tout en temps réel et de manière personnalisée.
Cette capacité d'anticipation s'étendra à la génération de mondes créatifs autonomes. L'IA, nourrie de vastes ensembles de données et dotée d'une compréhension sophistiquée des principes esthétiques et fonctionnels, pourrait créer des univers visuels et interactifs complexes à partir de simples directives initiales. Ces mondes générés deviendraient de véritables terrains d'exploration pour les designers, qui pourraient y naviguer, les influencer, en extraire des idées et des éléments, ouvrant une nouvelle forme de "design archéologique" du futur, où l'on découvre et adapte des créations issues de l'intelligence artificielle.
Parallèlement, l'hyper-personnalisation atteindra des sommets grâce à l'IA. En analysant en profondeur nos données biologiques, comportementales et émotionnelles, l'IA sera en mesure de générer des designs paramétriques qui s'adaptent dynamiquement à chaque individu. Un vêtement pourrait ainsi modifier sa texture pour optimiser le confort thermique ou changer de couleur en fonction de notre humeur. Un espace de travail pourrait ajuster son éclairage, sa température et même son agencement en fonction de notre état cognitif et de nos besoins de concentration. De même, une interface utilisateur pourrait se reconfigurer instantanément en fonction du contexte de notre activité et de nos préférences momentanées, offrant une expérience véritablement sur mesure et évolutive.
3.2. Au-delà du visuel : les designs multisensoriel et émotionnel complexes.
L'avenir du design s'annonce riche en sensations. Il devrait dépasser la simple perception visuelle pour engager l'utilisateur de manière plus profonde et holistique. L'intégration de l'intelligence artificielle ouvre des perspectives fascinantes dans la création d'expériences multisensorielles et émotionnelles.
En matière de design sonore évolutif, l'IA offre également la possibilité de concevoir des paysages sonores dynamiques et adaptatifs. Ces environnements sonores pourraient réagir en temps réel à l'environnement virtuel, aux interactions de l'utilisateur, et même à son état émotionnel. Cette adaptabilité sonore enrichirait considérablement l'expérience globale, la rendant plus engageante et personnalisée. Les applications de musique personnalisée comme Endel ou Brain.fm utilisent déjà des algorithmes basés sur des principes neuroscientifiques pour générer des paysages sonores adaptatifs conçus pour la concentration, la relaxation ou le sommeil. L'IA ajuste la musique en temps réel en fonction de l'heure, du jour et potentiellement des données de l'utilisateur.
Des équipes de recherche explorent actuellement l'utilisation de Réseaux Antagonistes Génératifs (RAG) (en anglais GANs - Generative Adversarial Networks) pour créer des modèles capables de synthétiser des signaux haptiques complexes à partir de descriptions textuelles ou d'images de textures. L'objectif est de permettre aux utilisateurs de ressentir une variété de surfaces virtuelles de manière réaliste sans un enregistrement manuel fastidieux. Un exemple concret est le projet TactStyle, qui utilise l'IA pour générer des hauteurs de surface (heightfields) à partir d'images de textures, permettant ensuite de les imprimer en 3D pour une évaluation tactile.
L'une des applications les plus prometteuses de l'IA réside dans sa capacité à analyser en temps réel les réactions émotionnelles des utilisateurs face à un design. Fort de cette analyse, l'IA devrait être en mesure de modifier dynamiquement les éléments de conception pour optimiser l'impact émotionnel souhaité. Prenons l'exemple d'une publicité : elle pourrait ajuster ses couleurs, sa musique et son rythme en fonction du niveau d'attention et des émotions détectées chez le spectateur, maximisant ainsi son efficacité.
À l’université de Stanford, les modèles entraînés sur ArtEmis ont démontré une capacité surprenante à identifier et à expliquer les émotions véhiculées par les œuvres d'art, même celles qu'ils n'avaient jamais vues auparavant. Par exemple, face à "La Nuit étoilée" de Van Gogh, le modèle pouvait générer des explications liées à la sensation de rêve ou d'émerveillement due aux couleurs bleues et blanches. Face à "La Persistance de la mémoire" de Dali, il pouvait identifier la peur liée à l'aspect étrange et potentiellement mort d'une forme.
Ce projet a plusieurs implications importantes pour le domaine du design émotionnel :
- Compréhension de l'impact émotionnel du visuel : ArtEmis fournit des informations précieuses sur la manière dont des éléments visuels spécifiques (couleurs, formes, composition, sujet) contribuent aux réponses émotionnelles des spectateurs. Ces connaissances peuvent informer les designers dans la création d'artefacts visuels (interfaces, publicités, produits) visant à susciter des émotions particulières.
- Mise au point d’outils pour les artistes et les designers : À terme, des systèmes basés sur ArtEmis devraient pouvoir servir d'outils pour les artistes et les designers, leur permettant d'évaluer l'impact émotionnel potentiel de leurs créations pendant le processus de conception et de les ajuster pour atteindre l'effet désiré.
- Développement d'IA avec "intelligence émotionnelle" : ce type de recherche contribue au développement d'une IA plus sophistiquée, capable de comprendre et de réagir au monde d'une manière plus nuancée et émotionnellement intelligente.
Le projet ArtEmis est un exemple concret de recherche où l'IA est utilisée non seulement pour reconnaître des objets dans des images, mais aussi pour interpréter et expliquer les émotions complexes qu'elles peuvent évoquer, ouvrant la voie à une compréhension plus profonde du design émotionnel.
3.3. Le design propulsé par l'IA : le nécessaire retour à l'industrie, aube d'un renouveau créatif.
L'intelligence artificielle redéfinit les frontières du design à vitesse grand V, et s’aventure bien au-delà de la simple génération de formes. Son caractère véritablement innovant réside dans sa capacité à explorer des espaces de conception d'une complexité jusqu’à présent inédite.
En définissant des objectifs et des contraintes multiples – qu'il s'agisse de performance, de coût, de durabilité, mais aussi d'une industrialisation performante – comme nous avons pu le voir précédemment l'IA se révèle en tant que partenaire créatif de premier plan. Elle propose des solutions optimisées, souvent insoupçonnées par l'esprit humain, ouvrant ainsi des voies nouvelles et inattendues dans le processus de conception, un écho à la nécessité d'une production à grande échelle.
À l'instar du début du 20ème siècle, qui a vu l'essor de l'industrie catalyser un renouveau artistique majeur avec l'Art Nouveau puis l'Art Déco, l'avenir du design semble de nouveau intrinsèquement lié à la puissance et aux impératifs de l'industrie. L'IA, avec sa capacité à optimiser la production et à intégrer des contraintes industrielles dès la phase de conception, pourrait bien être le moteur de ce nouveau souffle créatif.
Bien que relevant encore en grande partie d'une innovation prospective, la recherche actuelle témoigne déjà de ce potentiel transformateur. Des algorithmes génératifs sont activement exploités dans des domaines aussi variés que la conception de structures architecturales à la fois esthétiques et facilement industrialisables, l'optimisation aérodynamique des ailes d'avion visant à réduire la consommation de carburant tout en simplifiant la fabrication, ou encore la création de composants mécaniques complexes spécialement adaptés à la fabrication additive (impression 3D) pour une production plus agile et personnalisée.
On peut observer la concrétisation de cette approche prometteuse à travers des initiatives pionnières, notamment le "Project Dreamcatcher" d'Autodesk. Cette initiative illustre comment le design génératif, alimenté par l'IA, permet de concevoir des pièces automobiles aux performances optimisées en termes de poids et de résistance, tout en explorant des milliers de solutions potentielles qui prennent en compte les impératifs de production. En tenant compte de contraintes spécifiques liées à l'industrialisation, l'IA démontre sa capacité à repousser les limites du design traditionnel et à inaugurer une ère de création assistée et augmentée, où l'esthétique et l'innovation se marient inéluctablement avec les exigences de l'industrie, annonçant peut-être un nouveau chapitre dans l'histoire du design.
L'intelligence artificielle n'est pas une simple vaguelette dans l'océan du design, mais bien un courant profond qui remodèle ses rivages. De l'assistant créatif en design graphique et de la puissance de la retouche photo, jusqu'à la promesse d'une compréhension quasi télépathique des besoins des utilisateurs en UX, l'IA s’impose comme un outil aux capacités impressionnantes. Son intégration soulève néanmoins des questions sur la nature du métier de créatif, oscillant entre collaboration enrichissante et concurrence potentielle, tout en défiant les cadres juridiques traditionnels du droit d'auteur.
L'avenir, tel qu'il se dessine, esquisse une ère de créativité symbiotique, où l'IA pourrait anticiper nos intentions et générer des mondes créatifs inédits, tout en ouvrant la voie à une hyper-personnalisation des expériences. Au-delà du visuel, le design multisensoriel et émotionnel complexe, soutenu par l'analyse et la génération intelligente de sensations et d'émotions, promet de nouvelles formes d'engagement utilisateur. Enfin, cette révolution, loin de s'éloigner des impératifs industriels, semble au contraire annoncer un retour nécessaire à une production optimisée et innovante, à l'image des grands mouvements créatifs du début du XXème siècle. Dès lors, face à cette transformation profonde et multidimensionnelle, une interrogation cruciale émerge : comment le design, dans sa quête constante d'innovation et d'impact, saura-t-il naviguer dans cette nouvelle ère de l'IA, en préservant l'essence de la créativité humaine tout en embrassant pleinement le potentiel d’une technologie disruptive ?